
03
LA LÉGENDE DE L’EAU
Au crépuscule du néant, la « Création » reçut le pouvoir d’initier à l’immuable lumière universelle toute inspiration de vie en devenir.
Cependant, pour que la Beauté Éternelle ne puisse pas être entachée par l’obscurité inhérente à toute mort future, la « Création » dut se métamorphoser en un nouveau principe géniteur.
Cela fait, la « Création » engendra « Tout » d’une matière liquide pure et sans tache, l’eau.
L’eau, unique vecteur de la vie, est le temple de l’immuable intelligence ayant révélé le tourment à « Tout ».
Mais, pour ne jamais entacher la beauté originelle des mondes, toute vie a été conçue mortelle.
En effet, pour arriver à cela, la « Création » créa le temps qui engendra « Tout » de l’eau de la vie.
C’est ainsi que l’eau des cieux, s’écoulant au rythme du temps de chaque existence, se renouvelle à chaque mort à la source de son Verbe…
Au silence !
L’eau, architecture des origines de la vie, fille de la « Création », est aussi le père des existences mortelles.
L’eau purificatrice des âmes accompagne par sa musique de vie la complainte de « Tout ».
Mais, « Tout », en cherchant par quel principe la « Création » a pu le pénétrer et l’engendrer de l’eau, crie son tourment à la face des mondes.
Alors, le chant des étoiles, au grand rythme du secret éternel, accompagne « Tout » dans sa souffrance.
Toutefois, le « Verbe », ayant aussi comme attribut la parole, organise les vocalises de l’eau conceptuelle en « Tout » en ces termes :
Unique breuvage de « Tout », Je suis. Sa tendresse et sa détresse, Je suis. Victime du grand secret, Je suis. Au bout de l’univers, Je suis. Au début de l’univers, Je suis. À la fin de l’univers, Je suis. Je t’attends, Viens ! Je t’attends, Je t’aime ! Viens, Je suis. Existe en moi, Tu seras. Je suis l’eau, Fille de l’éternité. Baigne-toi en moi, Tu aimeras. Suspendue à ton absence, Je suis. Viens, Tu es.
Mathius TO’ERAU, le Suréviste Tahiti, 2000
