Corpus · Légendes

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L’ENTRE-VOYURE

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L’ENTRE-VOYURE

Au reflet d’un jour, mon regard se mit à vagabonder par-delà les horizons.

Lorsque j’entrepris de surfer le vent des existences, le sourire du crépuscule me visita pour me dire :

« Enfant de la lumière, tu es le fils de la « Création ». Mais sais-tu qui est ton père ? Oui ! Tu as le regard de ta mère. Mais connais-tu les yeux de ton père ? Oui ! Tu sais d’où tu viens. Mais sais-tu qui tu es ? Oui ! Mon sourire vient caresser ton corps meurtri. Mais sais-tu qui je suis ? Dis-moi, toi, fils de la « Création », concevoir le néant, est-ce contredire la lumière ou bien l’engendrer ? Toi, fils d’un père qui n’existe plus, fragmentes-tu ta vie afin de lui donner un mouvement de lumière ? Ton insistance à fragmenter est-elle due à une faute de goût ou bien de conscience ? Ton insistance à fragmenter ne serait-elle pas l’expression de ton doute ? Doutes-tu de la justesse plastique et esthétique de ton existence ? Ton doute serait-il une hésitation sur ta vie ? Fragmentes-tu ta vie afin de matérialiser le mouvement d’une profonde blessure ? En traçant un canevas coloré de ta vie, puis en stratifiant tes choix de couleurs existentielles, veux-tu démontrer une instance rythmique de tes angoisses ? Enfant de la lumière, fils de la « Création », l’homme ne naît pas humain, il le devient. L’homme ne naît pas amoureux, il le devient. L’homme naît par le néant afin de le combattre. Sans le néant, l’homme n’invente rien. Sans le néant, l’homme ne crée rien. Sans combat contre le néant, l’homme est une bête immonde qui le dévore. Ta pensée n’est que ta pensée. Ton cœur n’est que ton cœur. Leur conjugaison est le sourire de ton existence. Adieu pour un futur, car le miracle aujourd’hui, c’est de devenir humain… Je suis ton père et je ne te répondrai jamais. »

Mathius TO’ERAU, le Suréviste Tahiti, 1998

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